« Mais, parce que l’on craignait qu’elle ne s’écroule, on ne toucha pas à la tour, établie au XVIIIe siècle, de style néoclassique, en se disant qu’on pourrait la démolir plus tard, raconte l’architecte Montois Emmanuel Ramirez-Mauroy. Puis arrivèrent le XIXe siècle et un regain d’intérêt pour les monuments anciens… »
Cet intérêt pour la « réanimation des vieilles pierres », Emmanuel Ramirez-Mauroy l’a véritablement dans le sang, et c’est l’une des raisons pour lesquelles c’est lui qui a été choisi pour restaurer la tour abbatiale. « J’ai étudié l’architecture à Mons mais c’est durant mon année Erasmus en Italie que j’ai découvert ma passion pour la restauration des monuments avec le professeur Sandrini, à Milan. Après mon master, j’ai suivi des cours en restauration et conservation du patrimoine, à l’ULB. Mais c’est surtout sur la tâche que j’ai appris des choses. Dès la sortie de l’école, j’ai travaillé pendant huit années avec un vieux maître bruxellois de 80. ans, l’architecte Georges Piron. Il m’emmenait sur tous ses chantiers. J’aimais toucher la pierre ! Puis j’ai notamment participé à la dernière phase de restauration du Beffroi de Mons et aux travaux de restauration de l’église Saint-Nicolas-en-. Havré réalisation. De telless apportent des choses aux gens Et aux architectes : durant de tels chantiers, en plein de découvertes ! »
Deux à trois ans de chantier
Voici quelques semaines, et au terme d’une très longue procédure, comme c’est souvent le cas pour les monuments classés, le permis d’urbanisme a été attribué. La demande de subsides sera introduite prochainement. À Pairi Daiza, « on est optimiste » sur leur obtention. On pourra alors commencer les travaux de restauration de cette tournée visible de très loin, la durée du chantier étant estimée à deux ou trois ans. On espère trouver des ouvriers qualifiés, car ce genre de main-d’œuvre se fait malheureusement rare…
Qu’est-il prévu ?
On va stabiliser l’ensemble haut de 50 mètres, refaire la maçonnerie de l’enveloppe extérieure (en gardant les matériaux d’origine : probablement du petit granit de Soignies) et, ce qui sera le plus spectaculaire, on va restituer la flèche » à l’impériale », sur base d’anciennes gravures.
On va aussi remettre une cloche, des toitures sur les deux bas-côtés de la tour ainsi qu’une horloge sur la façade principale. Les maçonneries qui obstruent les baies situées en haut de la tour vont être démontées afin de pouvoir y remplacer ce qu’on appelle des abat-sons, couverts en ardoises posées naturelles en oblique, de manière à rabattre le son de la cloche vers le sol .
Une fois restaurée, la tour sera-t-elle visitable ?
« La construction d’un escalier est prévue et servira dans un premier temps au personnel du parc pour l’entretien de la tour » répond l’architecte. « Il est par ailleurs trop tôt pour savoir si l’amphithéâtre – le terrain de l’ancienne nef de l’église actuellement utilisé pour des rencontres avec des rapaces ou des équidés ainsi que pour des spectacles pyrotechniques en soirée – connaîtra une autre destination » ajoute Claire Gilissen, porte-parole de Pairi Daiza.
Connaissant Éric Domb et son inlassable désir d’aller de l’avant, on se dit qu’il a déjà quelques idées en tête…
D’autres vestiges prestigieux
Les vestiges de l’église abbatiale (XIIe siècle) et de la tour abbatiale (XVIIIe siècle) sont classés. Mais le site de Pairi Daiza comporte d’autres monuments historiques, repris sur l’arrêté de classement de 1982.
1. La haute porte de style classique (1722).
2. La crypte ou cellier gothique (fin XIIe-début XIIIe siècles) qui abrite aujourd’hui des chauves-souris et dont la restauration lui a valu un prix prestigieux Caïus.
3. Un puits de 1624.
4. Un escalier monumental de style classique construit en 1776 (à l’époque considéré comme « le plus beau d’Europe »).
5. Une basse-cour située à l’ouest de la grande porte (XVIIIe-XIXe siècles).
6. La tour romane dite « de Saint-Bernard » datée de 1148 (remontant aux tout débuts de l’abbaye, c’en est le vestige le plus ancien).
7. Un château néoclassique édifié en 1854.
8. L’ensemble formé par tous ces édifices et les abords.